Family connexion #2 : Fabienne, psy en maternité

Fabienne Sardas, Sweet Cabane

Family connexion #2 : Fabienne.

Pour continuer notre série ‘Family connexion’, inaugurée il y’a un mois avec Caroline, nounou parisienne, voici une interview d’une psychologue en maternité. Fabienne Sardas a travaillé presque 15 ans à la maternité des Diaconesses (Paris 12) pour aider et soutenir les mamans. Cette interview parlera sans doute à nombre d’entre vous…

***

Comment avez-vous eu envie de devenir psychologue en maternité?

Au départ, j’ai une formation d’assistante sociale mais j’ai très tôt eu envie de me former à la psychologie en parallèle de mon métier. Je suis finalement entrée en licence de psychologie en 1998, après 20 ans de travail en tant qu’assistante sociale en psychiatrie. J’ai commencé à exercer en 2001, tout en continuant mon métier d’origine que j’adorais… Je suis rentrée à la Maternité des Diaconesses dès mon premier stage… J’ai travaillé là-bas jusqu’en 2014.

En quoi consistait votre travail à la maternité?

Au début, j’accompagnais la grossesse et la maternité des patientes. Je recevais les mamans qui en exprimaient le besoin pendant une ou plusieurs séances pour essayer de dédramatiser cette étape de vie et de les accompagner jusqu’au terme de leur grossesse, voire au-delà.

En 2007, je me suis tournée vers le deuil périnatal.  J’ai créé un groupe de parole sur ce thème avec Cécile de Clermont, de l’association Petite Emilie . Dans ce groupe, on accueillait des parents qui venaient de vivre une interruption médicale de grossesse, une mort foetale ou une maladie létale. Ce groupe s’est interrompu en 2012, mais je continue à recevoir des mamans et des papas touchés par ce drame à mon cabinet.

En quoi la maternité est-elle un moment spécifique? 

La maternité est un moment de remaniement intense qui ravive toute la structure de la vie d’une femme, même les équilibres a priori acquis. C’est aussi vraiment le passage à l’âge adulte. Les femmes sont fragilisées face à ce processus qui leur échappe, alors qu’elles sont souvent de plus en plus dans la maîtrise de leur vie … Ce processus s’accentue avec le recul de l’âge de la première grossesse.

Certaines ont des traumatismes beaucoup plus lourds, viennent de longs parcours de PMA ou ont déjà perdu un enfant…

Pouvez-vous nous raconter un bon souvenir en maternité?

La venue d’un bébé dans une famille qui a justement déjà perdu un enfant est un moment intense pour moi! J’ai l’impression d’avoir participé un peu à cette naissance par le soutien que j’ai pu apporter aux parents en amont pour les aider à envisager une nouvelle grossesse après cette épreuve difficile de deuil.

J’ai aussi fait de vraies rencontres qui m’ont moi-même aidée dans ma construction de femme : des femmes courageuses, qui mettent leur corps en danger… je les ai beaucoup accompagnées et admirées… Je suis globalement touchée par la grande humanité de ces mamans et de ces papas qui vivent des moment terribles et parviennent à les surmonter, parfois grâce à la foi.

J’aime aussi ces papas qui n’ont pas une place facile dans la maternité, qui se cherchent, qui doivent être à la fois un lien entre la mère et l’enfant… et un séparateur!

Quels sont les moments plus difficiles dans votre métier?

Voir des familles où les femmes sont parfois contraintes dans leur maternité : celles qui sont sous l’emprise d’une homme, qui subissent des violences physiques ou psychologiques, sur qui on exerce des pressions pour qu’elles tombent enceintes (répudiation, voire viol,…)

Quels conseils donneriez-vous à de futurs parents?

  • Regarder d’autres couples qui ont déjà des enfants pour anticiper la VRAIE vie avec un bébé: passer une journée entière avec eux, par exemple… Dans nos sociétés, on n’est pas préparé à la maternité : on nous cache la vraie vie, on ne voit que très rarement, par exemple, une femme qui allaite en public et on ne sait pas, qu’au début, l’allaitement va prendre une bonne partie de la journée! Il faut sortir de l’idéalisation et parler du réel. On peut aussi aller dans les Maisons Vertes et les Cafés Poussettes pour voir comment vivent les parents…
  • Se dire aussi qu’avoir un enfant, c’est avant tout une action de don, sans réciprocité : donner son corps, son temps, son éducation… On est au service de l’enfant sans qu’il y ait forcement une contre-partie immédiate!
  • Enfin, les parents doivent concevoir qu’ils vont rentrer dans une nouvelle vie, et que celle-ci sera unique, en fonction de son vécu et de sa propre expérience!

***

Mille mercis à Fabienne Sardas pour cette interview pleine de sincérité et de bons conseils !

Fabienne a participé à l’écriture du livre de Jeanne Rey et Cécile de Clermont intitulé Accompagner le deuil périnatal. Elle publiera elle-même un livre sur la maternité au printemps 2016. Vous pouvez également retrouver ses écrits dans la revue trimestrielle Imaginaire et Inconscient.

A très bientôt pour un sujet d’un tout autre genre : on parlera mode pour les petits garçons!

Bonne fin de semaine,

Emilie.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *